Les gorgones et les coraux NPS, dits non photosynthétiques, reposent presque exclusivement sur l’alimentation particulaire. Leur maintenance ne dépend pas de l’éclairage mais de la capacité du récifaliste à mettre en place un nourrissage régulier, adapté en taille de proies et compatible avec la stabilité du bac.
Un protocole plancton efficace ne consiste pas à suralimenter, mais à apporter des particules adaptées, à une fréquence maîtrisée, tout en limitant les dérives de nutriments.
Comprendre les besoins alimentaires des gorgones et coraux NPS
Tous les organismes classés comme gorgones ou coraux NPS ne se nourrissent pas de la même manière. Certains capturent des particules très fines en suspension, d’autres nécessitent des proies plus consistantes, capables de déclencher une réponse de capture.
Avant toute mise en place de protocole, il est essentiel de garder en tête trois principes :

- Ces organismes se nourrissent dans la colonne d’eau, pas sur le substrat
- Ils dépendent fortement du courant pour intercepter les particules
- Ils ont besoin d’un apport fréquent plutôt que massif
Photo : Dendronephthya sp.
Une alimentation mal dimensionnée conduit soit à une sous-nutrition chronique, soit à une dégradation rapide de la qualité de l’eau.
Le plancton en récifal : une question de tailles, pas seulement de quantité
Le terme plancton regroupe des organismes de tailles très différentes. En récifal, la réussite repose sur l’adéquation entre la taille des particules distribuées et la capacité de capture des polypes.
Phytoplancton : particules très fines
Le phytoplancton correspond à des cellules microscopiques, généralement de l’ordre de quelques microns. Ces tailles très fines sont adaptées :
- aux organismes filtreurs très fins
- au soutien de la microfaune
- à l’enrichissement de la chaîne alimentaire
Pour les coraux NPS et de nombreuses gorgones, le phytoplancton seul est rarement suffisant sur le long terme. Il agit plutôt comme une base biologique que comme une source énergétique principale.
Zooplancton : proies plus directement exploitables
Le zooplancton regroupe des organismes de tailles plus importantes, variables selon l’espèce et le stade de développement. On se situe généralement dans une gamme allant de quelques dizaines à quelques centaines de microns.
Ces tailles correspondent davantage aux capacités de capture de nombreux coraux NPS et gorgones :

- meilleure stimulation de l’ouverture des polypes
- capture active
- apport énergétique
Photo : Rotifère
La diversité des tailles est un point clé. Un protocole efficace combine souvent plusieurs classes de particules, plutôt qu’un seul type de nourriture.
Fréquence de nourrissage : régularité avant intensité
Les coraux NPS ne sont pas adaptés à des apports ponctuels et massifs. Dans leur milieu naturel, la nourriture est disponible de façon quasi continue, portée par les courants.
En aquarium, cela se traduit par plusieurs principes simples :
- privilégier des apports fréquents mais modérés
- éviter les nourrissages rares et concentrés
- adapter la fréquence à la charge biologique du bac
Dans la pratique, de nombreux bacs NPS fonctionnent mieux avec des nourrissages quotidiens, voire fractionnés, plutôt qu’avec des apports espacés mais abondants.
Rôle du brassage dans l’efficacité du protocole
Sans courant adapté, même le meilleur plancton reste inefficace. Le brassage permet :

- de maintenir les particules en suspension
- d’augmenter les chances de capture
- d’éviter les zones mortes
- de limiter les dépôts organiques
Photo : Gorgones dans un aquarium recifal
Le courant doit être suffisamment soutenu pour porter la nourriture, mais non destructeur pour les tissus fragiles des gorgones.
Les risques d’un protocole mal maîtrisé
L’alimentation planctonique intensive comporte des risques si elle n’est pas encadrée.
Dérive des nutriments
Un excès de nourriture non consommée peut entraîner :
- augmentation des nitrates et phosphates
- développement d’algues indésirables
- déséquilibre bactérien
Ces dérives sont souvent progressives et passent inaperçues au début.
Asphyxie et colmatage
Des particules trop fines ou trop abondantes peuvent :
- colmater les polypes
- réduire les échanges gazeux
- provoquer une rétraction prolongée
Observer la réaction des animaux après nourrissage est indispensable.
Fausse impression de réussite
Un corail ouvert n’est pas nécessairement bien nourri. Les signes de réussite doivent s’évaluer sur la durée :
- maintien des tissus
- absence de récession
- croissance ou extension stable
Construire un protocole plancton cohérent
Un bon protocole repose sur l’équilibre entre plusieurs facteurs :
- diversité des tailles de particules
- fréquence adaptée au bac
- brassage suffisant
- export des nutriments maîtrisé
- observation régulière des animaux
Il n’existe pas de protocole universel. Chaque bac NPS doit être ajusté progressivement, en tenant compte de sa population, de son volume et de sa capacité de filtration.
Conclusion
La maintenance des gorgones et coraux NPS repose avant tout sur une compréhension fine de l’alimentation planctonique. Les tailles de particules, la fréquence des apports et la gestion des risques sont indissociables. Un protocole bien pensé privilégie la régularité, la ,diversité et l’observation, plutôt que la suralimentation. C’est cette approche progressive et mesurée qui permet d’obtenir des animaux durables et fonctionnels sur le long terme.