Comment éliminer les dinoflagellés dans un aquarium récifal

Parmi les indésirables dans un aquarium recifal, les dinoflagellés sont un fléau que beaucoup de recifalistes redoutent. Cet article à pour objectif d’aider à son identification puis d’appliquer des solutions naturelles afin de l’éradiquer.

Que sont les dinoflagellés

Les dinoflagellés sont des algues unicellulaires marines de taille entre 3 et 40 microns.

Dinoflagelles au microscope

Dinophytes

Aussi connus sous le nom de Dinophytes, elles appartiennent à la famille des phytoflagellés.

Les phytoflagellés sont des micro-organismes aquatiques avec des flagelles, une forme de flagellés de la branche des protozoaires mais disposant de caractéristiques végétales qui leur attribue un statut d’algues ( Phytoplancton )

Les dinoflagellés ont deux flagelles qui permettent de se déplacer soit de manière verticale ou en effectuant des ronds comme une toupie. Le terme « dinos » vient du grec « tournoiement » qui représente facilement le déplacement observé au microscope et du latin flagellum, « fouet ». Au sens littéral dinoflagellé signifie « flagelle tournoyant »

Environ 3000 espèces sont actuellement connues et des nouvelles sont régulièrement découvertes.

Pour quelles raisons les dinoflagellés sont dangereuses dans nos aquariums ?

Si les dinoflagellés sont responsables des fameuses marées rouges que l’on observe sur les littoraux, dans un aquarium recifal elles peuvent devenir un véritable problème menant au crash de celui-ci.

Elles vont avoir un aspect disgracieux avec des couches recouvrant le sable, les pierres et voir même les coraux.

Au-delà de l’aspect visuel, une propagation de dinoflagellés étouffera les pierres et les coraux. Le résultat est sans appel, les coraux vont nécroser et le recifaliste risque de perdre la plupart des coraux de l’aquarium.

Dans le cas de propagation de dinoflagellés toxiques, les organismes vivants qui consomme du phytoplancton vont aussi les absorber et être empoisonnés par leurs toxines provoquant ainsi la mort.

Les escargots brouteurs, les oursins et une grande partie de la microfaune vont mourir. Cela entrainera un écroulement de l’écosysteme du bac et le crash tant redouté de l’aquarium.

Dans un aquarium recifal, la présence des dinoflagellés toxiques vont détruire une grande partie du zooplancton

Identifier les dinoflagellés

Afin de ré-équilibrer le biotope recifal, il faudra bien identifier la présence des dinoflagellés afin d’apporter des changements pour l’éradiquer.

Dinoflagellés

Généralement les dinoflagellés n’arrivent pas seules dans un aquarium recifal.

Elles peuvent provenir des pierres vivantes ou lors d’un ajout d’un nouveau corail.

Certaines espèces minoritaires sont toxiques, elles apparaissent principalement quand le milieu est déséquilibré.

Les espèces non toxiques peuvent être mangé à la fois par les poissons et les escargots.

Photo : Dinoflagellé sous microscope réalisé par Nicolas Mazo

En aquarium recifal, les dinoflagellés sont souvent confondus avec les diatomées. Les dinoflagellés auront tendances à s’agglomérer entraîne elles en formant des amats plus grand. Dans le cas de présence de diatomées, elles vont se disperser ( comme un nuage de poussière ) si elles sont remuées.

La paroi cellulaire du dinoflagellé contient de la cellulose à la différence des diatomées qui est composée de silice.

A faire : mélanger un peu d’eau oxygéné 3% avec le prélèvement puis observer au microscope. Dans le cas de présence de diatomées, l’eau oxygéné détruira la matière organique et il restera uniquement le squelette des diatomées avec des formes très jolies.

Seul une observation au microscope permettra de confirmer leur présence. En effet ils n’ont pas de squelettes à la différence des diatomées.

Quelques dinoflagellés toxiques dans l’aquarium : 

Ostreopsis spp

Dinoflagellés du genre Ostreopsis

Les dinoflagellés du genre Ostreopsis sont parmi les plus fréquemment rencontrés en aquarium récifal et peuvent se propager très rapidement lorsque l’équilibre biologique du bac est fragilisé.

Ils forment généralement des dépôts bruns et visqueux sur le sable, les pierres et les coraux, souvent accompagnés de nombreuses bulles d’oxygène durant la photopériode. Leur développement est favorisé dans les aquariums pauvres en nutriments, avec une faible biodiversité microbienne ou une microfaune affaiblie.

Au microscope, les Ostreopsis sont relativement faciles à identifier grâce à leur forme arrondie à ovale et leur déplacement caractéristique. Elles tournent lentement sur elles-mêmes tout en se déplaçant, donnant un mouvement de “toupie” typique des dinoflagellés.

Certaines espèces d’Ostreopsis sont capables de produire des toxines extrêmement puissantes proches de la palytoxine, considérée comme l’une des substances non protéiques les plus toxiques connues à ce jour.

Ces toxines peuvent être ingérées par les escargots, oursins, copépodes et autres organismes filtreurs ou brouteurs de l’aquarium. Lors d’une forte prolifération, cela peut entraîner la mort progressive d’une grande partie de la microfaune et provoquer un déséquilibre biologique majeur du bac.

Les poissons peuvent également présenter des signes d’irritation ou de stress respiratoire en cas de forte concentration de toxines dans l’eau.

La manipulation des pierres, le brossage ou l’aspiration des dépôts contenant des Ostreopsis doivent être réalisés avec prudence. Dans certains cas, des aérosols toxiques peuvent être libérés et provoquer chez l’humain des irritations respiratoires, des maux de tête, de la toux ou des irritations cutanées. Il est conseillé d’utiliser des gants et de bien ventiler la pièce lors des interventions importantes sur un aquarium fortement contaminé.

Dinophysis spp

dinoflagellés du genre dinophysis

Les dinoflagellés du genre Dinophysis possèdent une cellule protégée par une enveloppe rigide appelée thèque, composée de plaques cellulaires formant une sorte de “blindage”.

Au microscope, ils présentent une forme oblongue et aplatie pouvant parfois rappeler celle d’un rotifère. Ils se distinguent notamment par la présence d’un double sillon circulaire appelé cingulum autour de la cellule ainsi qu’un second sillon vertical nommé sulcus.

La taille des cellules varie généralement entre 50 et 95 µm de longueur pour environ 40 à 60 µm de largeur, ce qui les rend relativement faciles à observer au microscope comparé à d’autres dinoflagellés plus petits.

Certaines espèces de Dinophysis produisent des toxines lipophiles particulièrement dangereuses pour les organismes filtreurs. Ces toxines s’accumulent progressivement dans les moules, huîtres, palourdes et autres coquillages qui consomment le phytoplancton contaminé.

Dans le milieu naturel, les proliférations de Dinophysis sont associées à certains épisodes de marées rouges et à des contaminations massives des coquillages. Elles peuvent provoquer d’importants déséquilibres écologiques dans les zones côtières.

En aquarium récifal, leur présence reste plus rare mais peut devenir problématique dans les bacs fortement déséquilibrés ou pauvres en concurrence biologique. Les toxines libérées peuvent affecter la microfaune, le zooplancton et certains invertébrés sensibles.

Chez l’humain, la consommation de coquillages contaminés peut provoquer une intoxication appelée DSP (Diarrhetic Shellfish Poisoning), entraînant des troubles digestifs parfois sévères.

Alexandrium spp

Dinoflagellés du genre Alexandrium

Les dinoflagellés du genre Alexandrium sont connus pour produire des neurotoxines puissantes appelées saxitoxines, responsables d’intoxications paralysantes chez les organismes marins.

Ces toxines sont absorbées et accumulées par les coquillages filtreurs comme les moules, huîtres et palourdes qui consomment le phytoplancton contaminé. Les animaux touchés ne présentent pas toujours de signes visibles, mais deviennent toxiques pour les prédateurs et les consommateurs.

Dans le milieu naturel, les proliférations d’Alexandrium sont régulièrement associées aux phénomènes de marées rouges et peuvent provoquer des mortalités importantes au sein de la faune marine.

En aquarium récifal, une forte présence d’Alexandrium peut également impacter la microfaune, les invertébrés et fragiliser l’équilibre biologique du bac. Les toxines libérées dans l’eau peuvent provoquer un stress important chez les poissons et les coraux sensibles.

Chez l’humain, l’ingestion de coquillages contaminés peut entraîner une intoxication neurologique grave appelée PSP (Paralytic Shellfish Poisoning), provoquant des troubles digestifs, des paralysies musculaires et dans les cas les plus sévères des difficultés respiratoires potentiellement mortelles.

Gymnodinium  spp

Dinoflagellés du genre gymnodinium

Les dinoflagellés du genre Gymnodinium peuvent être bruns-jaunes, verts ou parfois presque translucides selon les espèces et les conditions du milieu.

Contrairement à certains autres dinoflagellés, plusieurs espèces de Gymnodinium ne possèdent pas de véritable thèque rigide, ce qui leur donne une apparence plus souple et plus difficile à identifier au microscope.

Certaines espèces sont capables de produire des toxines dangereuses pour l’écosystème récifal. Lors d’une forte prolifération, elles peuvent provoquer des irritations et des nécroses sur les branchies des poissons, entraînant un stress respiratoire important.

Les toxines libérées impactent également le zooplancton, les copépodes, les rotifères et une grande partie de la microfaune qui les ingèrent. La disparition progressive de cette microfaune fragilise fortement l’équilibre biologique du bac et favorise encore davantage la propagation des dinoflagellés.

Dans les cas avancés, les Gymnodinium peuvent former des dépôts bruns visqueux sur les pierres, le sable et les vitres, avec parfois une production importante de mucus et de bulles d’oxygène durant la photopériode.

Dans les cas avancés, les Gymnodinium peuvent former des dépôts bruns visqueux sur les pierres, le sable et les vitres, avec parfois une production importante de mucus et de bulles d’oxygène durant la photopériode.

Prorocentrum spp

Photo : observation microscopique réalisée lors d’un diagnostic récifal chez un client.

Les dinoflagellés du genre Prorocentrum sont régulièrement observés dans les aquariums récifaux déséquilibrés, notamment dans les bacs pauvres en nutriments et en biodiversité microbienne.

Au microscope, ils présentent généralement une forme ovale à légèrement arrondie avec une ligne centrale caractéristique correspondant à la séparation des deux plaques cellulaires.

Ils peuvent former des amas bruns et visqueux sur le sable, les pierres et les vitres. Certaines espèces sont capables de produire des toxines pouvant affecter la microfaune, les escargots et les coraux sensibles.

Contrairement aux diatomées, les Prorocentrum ne possèdent pas de squelette en silice. Une observation au microscope est donc indispensable afin de confirmer leur présence et éviter les erreurs d’identification.

Comme pour les autres dinoflagellés, l’objectif n’est pas uniquement de les éliminer, mais surtout de rétablir un équilibre biologique stable dans l’aquarium en augmentant la biodiversité et en évitant les milieux trop oligotrophes.

Certaines espèces sont capables de produire des toxines dangereuses pour l’écosystème récifal. Lors d’une forte prolifération, elles peuvent provoquer des irritations et des nécroses sur les branchies des poissons, entraînant un stress respiratoire important.

Les toxines libérées impactent également le zooplancton, les copépodes, les rotifères et une grande partie de la microfaune qui les ingèrent. La disparition progressive de cette microfaune fragilise fortement l’équilibre biologique du bac et favorise encore davantage la propagation des dinoflagellés.

Les solutions pour lutter contre les dinoflagellés

Les dinoflagellés comme les cyanobacteries sont présents dans l’ensemble des aquariums. Par-contre elles aiment les milieux très pauvres avec des taux en nitrates ( No3 ) et en phosphates ( Po4 ) proche de zéro.

Attention, l’utilisation des produits chimiques « anti-dino » sera catastrophique en cas de dinoflagellés toxiques. Le produit les éliminera MAIS les toxines qu’elles vont relâcher pour se défendre vont tuer une partie du vivant de l’aquarium.

Il faudra utiliser du charbon pour absorber les toxines et limiter ainsi les pertes. Mais comme le charbon absorbera aussi le produit utilisé, les dinoflagellés ne seront pas toutes éliminées. Le déséquilibre du biotope provoqué par l’utilisation du produit favorisera d’autant plus leur propagation.

Une propagation dinoflagellés résulte toujours d’un déséquilibre du bac.
Identifier le ou les déséquilibres provoquant cette propagation permettra d’apporter des ajustements pour rétablir un biotope favorable pour garder sous contrôle les dinoflagellés.

Si votre aquarium est très jeune, en phase de lancement ou oligotrophe ( les phosphates Po4 et les nitrates No3 proche de zéro ), les dinoflagellés ne sont pas concurrencées par les autres algues.  

Comme la concurrence alimentaire sera très faible, les dinoflagellés se reproduiront plus facilement, et elles se propageront.

Avoir une eau trop propre est propice à l’apparition et la propagation des dinoflagellés. Maintenir des taux de No3 et Po4 supérieur à zéro sera essentiel. Idéalement maintenir avec des taux de Po4 entre 0,06 et 0,1 et des taux de No3 entre 5 et 10

Solutions rapides à mettre en place : 

  • Clocher à la surface manuellement pour enlever une grande partie
  • Augmenter le potentiel redox du bac, en ajoutant de l’eau oxygéné à 3% : 1ml pour 40 litres tous les jours.
  • Rajouter du charbon actif pour absorber toutes les toxines libérées

Modification des paramètres de maintenance

  • Augmenter la salinité, les algues n’apprécie pas une augmentation de salinité et les coraux accepte facilement l’augmentation.
  • Les dinoflagellés sont des algues brunes, elles utilisent beaucoup le bleu. Une solution complémentaire sera de modifier le spectre pour diminuer le bleu. Le spectre blanc favorisera la croissance des autres algues et n’impactera pas la pousse des coraux.
  • Augmenter la photopériode afin que les autres algues puissent concurrencer et prendre le relais et prendre le dessus sur les dinoflagellés.
  • Idéalement mettre en place un refuge et l’éclairer sur une période plus importante pour concurrencer directement les dinoflagellés du bac.

Solutions naturelles à rajouter pour éliminer les dinoflagellés :

  • Nourrir un peu plus afin que le milieu devienne plus riche ( dans le cas ou le bac est oligotrophe )
  • Ajouter des copépodes qui vont manger les dinoflagellés non toxiques ( Dans le cas de présence de toxiques cette solution ne servira à rien )
  • Ajouter du phytoplancton vivant pour concurrencer et nourrir la microfaune pour l’aider à se développer et qui à son tour s’occupera des dinoflagellés !
  • Vous pouvez aussi rajouter des silicates pour favoriser l’apparition des diatomées qui viendront concurrencer les dinoflagellés. Il n’y a pas de diatomées toxiques dans l’aquarium recifal et elles sont une très bonne nourriture pour les escargots et les coquillages !

Dans cet article nous avons vu l’importance de rajouter du phytoplancton pour lutter contre des dinoflagellés.

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Questions fréquentes sur les dinoflagellés en aquarium récifal

Comment reconnaître les dinoflagellés dans un aquarium récifal ?

Les dinoflagellés se présentent généralement sous la forme d’un voile brun, doré ou marron recouvrant les pierres, le sable et parfois les coraux. Ils produisent souvent de nombreuses bulles d’oxygène en journée et régressent partiellement durant la nuit.

Pourquoi les dinoflagellés apparaissent-ils dans un aquarium récifal ?

Les dinoflagellés apparaissent fréquemment dans les aquariums présentant une faible biodiversité ou un déséquilibre biologique. Ils sont particulièrement fréquents dans les bacs oligotrophes avec des nitrates et phosphates très faibles ou indétectables.

Les dinoflagellés sont-ils dangereux pour les coraux ?

Oui. Certaines espèces peuvent irriter les tissus des coraux, limiter leur ouverture et provoquer un stress important. Une prolifération importante peut également étouffer certaines zones du récif et ralentir la croissance des coraux.

Les dinoflagellés sont-ils toxiques ?

Certaines espèces de dinoflagellés produisent des toxines pouvant affecter les poissons, les invertébrés et la microfaune. Le niveau de danger dépend de l’espèce présente dans l’aquarium.

Quel taux de nitrates et phosphates pour lutter contre les dinoflagellés ?

Les dinoflagellés prolifèrent souvent lorsque les nutriments sont trop faibles. De nombreux récifalistes observent une amélioration en maintenant des nitrates et phosphates détectables et stables plutôt qu’en cherchant à atteindre des valeurs proches de zéro.

Le phytoplancton aide-t-il à lutter contre les dinoflagellés ?

Un apport régulier de phytoplancton vivant peut favoriser le développement de la microfaune et renforcer la biodiversité du bac. Cette concurrence biologique contribue souvent à limiter progressivement la domination des dinoflagellés.

Les UV sont-ils efficaces contre les dinoflagellés ?

Un stérilisateur UV peut être efficace contre certaines espèces de dinoflagellés qui passent une partie de leur cycle de vie dans la colonne d’eau. Son efficacité dépend toutefois de l’espèce concernée et du dimensionnement de l’installation.

Combien de temps faut-il pour éliminer les dinoflagellés ?

La disparition complète des dinoflagellés peut prendre plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Les résultats les plus durables sont généralement obtenus en rétablissant progressivement l’équilibre biologique du récif plutôt qu’en recherchant une solution immédiate.

Le blackout est-il efficace contre les dinoflagellés ?

Un blackout peut réduire temporairement la population de dinoflagellés photosynthétiques. Cependant, si la cause du déséquilibre n’est pas corrigée, les dinoflagellés réapparaissent souvent après quelques jours ou quelques semaines.

Comment éviter le retour des dinoflagellés ?

Le meilleur moyen d’éviter une récidive consiste à maintenir une biodiversité élevée, des nutriments stables, une microfaune abondante et un équilibre biologique durable au sein de l’aquarium récifal.

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